2010... et après?

Publié le par T

band 2010

Cette année je me suis tenu loin des festivités de la st Sylvestre. Réveillon méditation, en solitaire. N'est-ce pas un peu excessif tout ce tapage? Seule la valeur symbolique de cette date pourrait justifier tant de frénésie: enterrer dignement l'année écoulée et accueillir au mieux la nouvelle. Ce qui me gêne c'est, disons, la stérilité de cette attitude. Quitte à fêter un symbole, autant creuser cette démarche: Considerons le passage d'une année à l'autre comme un palier, une étape. Analysons l'année passée, tirons les leçons de nos erreurs, reconnaissons ce que nous avons accompli de juste, de beau, de constructif. Au lieu de cela on se contente souvent de s'enivrer, puis de souhaiter une pâteuse "bonne année" (santé, bonheur, amour, argent et tout ce qui s'en suit). Que de touchantes marques d'intérêt. Mais le pensons nous vraiment? Habitudes ou formules magiques pour superstitieux soucieux d'attirer la chance. Pour beaucoup cette date n'est finalement qu'une "excuse" à divers débordements que l'on s'interdit le reste de l'année, contraintes sociales oblige. Pourquoi pas, je ne suis pas contre l'amusement des foules, mais tant d'excès me mettent mal à l'aise. A cette occasion certains courageux formulent quelques bonnes résolutions, qui malheureusement ne dépassent que rarement la fin du mois. Tout le monde le sait, mais il faut croire que cet exercice d'auto-hypnose collective parvient tout de même à convaincre la plupart qu'un réel changement s'opère en cette date fatidique...

En ce qui me concerne cette période, insignifiante en elle-même, est l'occasion d'une remise en question. Mes actes de l'année sont passés aux crible de ma conscience et j'essaie avec sincérité d'en tirer des leçons afin de pouvoir avancer dans la voie que j'estime juste. Symboliquement le passage à 2010 n'est donc pas pour moi simplement l'occasion d'un débrief de 2009, mais plus largement d'une réflexion sur la décénnie écoulée. J'ai désappris, pour une question de sérénité, à ressasser, à vivre dans le passé. Ce retour sur 10 années de vécu ne s'est donc pas fait sans remous. Il m'a fallu regarder à nouveau mes erreurs, mes echecs, mes illusions, ce n'est jamais agréable. Pourtant l'amertume qui autrefois accompagnait ce genre d'exercice n'est plus, car terminé le temps où j'aspirais à un idéal irréaliste, où chaque échec était une gifle dont je ne me remettais que difficilement. Aujourd'hui je considère ces erreurs comme utiles et nécessaires à une meilleure compréhension des choses. Les gens se sentent parfois redevables d'une sorte de fidélité à leur personnalité, si bien que souvent ils ne remettent jamais en question des choix vieux de 20 ans, cars ils considéreraient cela comme une forme de lâcheté, une façon de retourner sa veste, alors que c'est tout le contraire. Cela prouve un gain d'expérience, de sagesse. La personnalité n'est pas quelque chose d'immuable! Nombreux sont ceux qui s'accrochent à une image arrêtée d'eux-même (quand bien même elle ne leur plait pas, et c'est cela le plus triste). J'estime pour ma part n'avoir plus rien en commun avec mon moi de 1999 et cela ne me donne nullement mauvaise conscience. J'étais borné, fataliste à tendance paranoïaque, mélancolique chronique à tendance autistique. Mes goûts n'étaient pas les mêmes, mes buts non plus. Comment pourrais-je avoir des comptes à rendre à cet être là? Je ne me sens pas, pour autant, arrivé en bout de course. La route est encore longue! Et heureusement! N'est-ce pas cela vivre: apprendre constamment, gagner en sagesse, accueillir le changement à bras ouverts.
Je me prenais volontiers au jeu des bonnes résolutions de nouvelle année, avant de comprendre la mascarade. Par coutume on se donne quelques objectifs, mais comme la coutume est peu regardante sur les résultats on ne se formalise pas trop d'un abandon précoce. Si ces résolutions se formulent sous la pression sociale, ou si vous les considérez comme pénibles, oppressives, anecdotiques, alors c'est que vous n'y croyez pas (autant ne rien dire alors). Pour qu'un changement ait lieu il faut déjà croire en sa légitimité. Je ne compte pas trucider l'esprit d'optimisme de cette période, mais comprenons-nous bien: Ce n'est pas à coup de formules magiques que les choses changeront! Il nous faut regarder en nous-même objectivement et ne pas détourner le regard quand cela devient désagréable. Faire le ménage est la première des actions à entreprendre. Qu'est-ce qui est préférable: Bricoler un édifice tordu, instable, ou raser le tout et reconstruire quelque chose de solide? Vouloir changer la société sans changer l'individu est utopique. J'ai moi-même longtemps espéré que le changement me "tombe" dessus, avant de comprendre qu'il ne pouvait venir que de l'intérieur. L'introspection est un exercice désagréable mais indispensable. Vouloir une société plus juste, plus démocratique, plus écologique (...) à grand coup de lois c'est se voiler la face.
Notre société occidentale (et le reste du monde, que nous entraînons après nous à son insu), n'en déplaise aux optimistes béats, est en pleine mutation, que dis-je: elle est au bord de l'effondrement. C'est assez déplaisant à entendre, mais nous ne pouvons rester d'éternels adolescents refusant la réalité au profit d'un monde chimérique. Mais voyons le bon côté des choses: ce sont les périodes instables qui sont les plus riches en potentialités. Le chaos est un terreau fertile. C'est maintenant que les décisions personnelles prennent tout leur sens.
A ceux, convaincus de la nécessité de l'introspection (de l'individu, de la société), je m'excuse d'enfoncer des portes ouvertes... Aux autres, désolé de passer pour un donneur de leçon, ce n'est pas mon objectif. Je partage ma modeste expérience et m'adresse tout particulièrement à ceux qui vivent dans une bulle (Y ayant moi-même vécu très longtemps).

Assoupis de tous âges, de toutes conditions sociales et de toutes origines ethniques: il est temps de s'éveiller! Ce n'est qu'en regardant les choses en faces que notre Humanité pourra passer de l'adolescence à l'âge adulte, en évitant ainsi le désastre qui nous guète (et qui n'est pas si éloigné, soyez en sûr)...

Sur ce, Bonne Année (mince, j'ai craqué)...

« Où que tu sois, creuse profondément.
A tes pieds se trouve la source!
Laisse les obscurantistes crier:
"Au-dessous est toujours - l'enfer!" »       Nietzsche

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charles daney 04/01/2010 15:22


Pourune fois que les derniers sont à la fête.