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Publié le par T

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La période des fêtes ne signifie pas grand-chose pour moi. Noël et nouvel an en tant qu’obligation, en tant qu’idéologie, ont même tendance à me stresser. Durant ces quelques semaines de frénésie consumériste je fuis les grandes surfaces, les galeries marchandes et les rues commerçantes. Mais en tant que citadin je ne peux échapper totalement à cette mascarade de fin d’année. Heureusement cette période n’est pas que négative, car les fêtes sont pour moi l’occasion d’un retour aux sources.

Me voici donc, depuis quelques jours, dans la petite maison familiale, loin de la grande ville, plus près de la nature. Chose extraordinaire: les chants d’oiseaux ont remplacé Klaxons et bruits de moteurs. Mes batteries sont en charge et je profite de ces instants de félicité, posé à ma fenêtre, adaptant mon rythme à celui de la chute des flocons. J’ai rarement vu autant d’oiseaux  dans notre petit coin de jardin. Constatation à mettre sur le compte de ma réceptivité esthétique exacerbée, libérée du carcan de laideur de la grande ville. Une simple mésange m’émeut autant que si je voyais un animal pour la première fois. Que dire alors quand apparaissent pic-vert, geai des chênes, mésange nonnette, etc.

Il y a des gens que la nature ennuie. Je pense que leur sens esthétique est juste ankylosé par un environnement visuel globalement médiocre. En ce qui me concerne je suis tout à fait capable d’observer le ciel toute une journée sans me lasser. On peut certes se fatiguer de trop de beauté, mais contrairement à l’activité physique cette fatigue régénère, accroît la vitalité, rend optimiste et joyeux.

Mon pèlerinage n'est pas terminé, car je m'apprête (comme chaque année) à passer quelques jours au chalet familial, vieux de plus d'un siècle. Apogée du séjour et nouvelle étape de mon retour aux sources: Voici la montagne et sa nature à portée de regard. Je ne saurais transcrire avec suffisamment d’intensité les sentiments qui s’emparent de moi à la vue de cette vieille bâtisse. Le premier effet est esthétique: Comment être insensible à la beauté sobre de ces vieux matériaux, bois, pierre, métal, qui ont connu tant d’années, tant d’habitants. Il est dommage que dans notre société aimer l’ancien soit synonyme de réactionnaire. Visuellement l’ancien me ravit davantage que le moderne. Regardez les vieux édifices, les vieilles fermes, les ruines, n’êtes-vous pas touchés par l’équilibre des masses, par l’harmonie des tons? Les problèmes ont commencé quand on a cherché à faire « joli », car le « joli » dépend de la mode alors que le « beau » est intemporel…

En plus du plaisir visuel que je retire de mes trop rares séjours en ce lieu s’ajoute le bonheur né du sentiment de « retour aux sources ». Ces murs contiennent tant de souvenirs, tant de vécus, qu’ils rayonnement littéralement de vie! Je ne suis définitivement pas matérialiste,  cependant je vénère ce chalet et y pénètre tel un croyant dans son lieu de culte. J’aime tant cette maison et son écrin de montagnes!  C’est un sentiment transcendant, qui me prend aux tripes. J’aimerais tant partager cette émotion, mais malheureusement il est bien difficile de se faire comprendre des gens pour qui la montagne n’est qu’un gigantesque parc de loisirs pour citadins blasés. Quand je dis « je monte au chalet » beaucoup  comprennent  « je pars en vacance faire du ski / de la randonnée », alors qu’en vérité je viens y trouver la source de vie, à laquelle je bois sans modération.

 

Petite digression :

Dans cette période de pseudo débat Grand-guignolesque sur l’identité nationale je milite pour la grande oubliée : L’identité familiale.  Je ne défends pas frénétiquement la France franchouillarde, car elle ne correspond pas à ma vie actuelle.  Et pourtant je l'aime ce côté "vieille France", non pas en tant que symbole ou culture, mais parce que celui-ci est directement lié à mon identité familiale. Qu’on parle de patois, de vin rouge, de béret, de saucisson et tout de suite je pense à mon grand-père. J’y pense avec émotion et refuse catégoriquement  que mes souvenirs soient pris en otage par une quelconque idéologie!  Alors, comme ça la "vieille France" serait  propriété du FN et le métissage culturel propriété de la gauche humaniste. Manichéisme qui serait drôle s’il n’était si tristement ridicule. Du coup je trouve lamentable qu’on demande aux musulmans de France de choisir entre l’assimilation franchouillardisante et la culture de leurs ancêtres.  Mes grands-parents représentent pour moi la "vieille France", et défendre ce souvenir ne m’empêche pas de vivre en Français moderne. Pourquoi demander alors aux français d’origine arabe de choisir? C’est ridicule.  D’ailleurs, si l’un de mes amis musulmans passe par ici, j’aimerais qu’il comprenne que quand j’évoque ces souvenirs et que lui parle du Bled on défend en fait la même chose: notre patrimoine familial. Faisons de cela un motif de curiosité, d’amitié, et non de division.

Fin de la parenthèse.

 

Dans quelques jours je vais donc me retrouver au chalet, en famille. Je me réjouis d’avance car je sais que j’en repartirai gonflé à bloc. Je vous souhaite à tous un bon retour aux sources.

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Youce 24/12/2009 17:25


Merde, en lisant ça je me rends juste compte à quel point je te connais presque par coeur. J'aurais pu anticiper la moindre de tes phrases, tes parenthèses, tes idées, tes analogies... Mis à part
ça, je trouve que la lecture ta vraiment permis d'affiner ton style.

Bsahtek (je sais ça ne fait pas trop franchouillard)


T 31/12/2009 12:38


Mince, je suis si prévisible que ça?  :-/