déni de réalité

Publié le par T

bandeau déni

 

Vouloir comprendre le monde qui nous entoure est un exercice complexe, parfois ingrat, souvent épuisant, toujours déroutant tant il est facile de basculer de l’émerveillement à l’épouvante. Tâche bien trop effrayante et démoralisante pour bon nombre de personnes qui préfèrent, consciemment ou non, sombrer dans le déni, le fatalisme neurasthénique, voire le cynisme. Il est probable que l’Humanité, par son pouvoir sans précédent d’autodestruction, entame actuellement une période décisive de son histoire ; déterminante quant à son existence même. Seule une prise de conscience collective nous permettra, non seulement d’éviter le mur dans lequel nous fonçons, mais aussi de franchir un seuil évolutif ; de sortir pour de bon de cet âge obscur dans lequel nous pataugeons actuellement. À notre échelle l’« actualité », projection médiatique de la réalité, paraît bien sombre. Vouloir en discuter avec ses proches est un exercice périlleux tant les rôles de rabat-joie de service, de Cassandre, s’avèrent socialement pénalisants. L’éveil des consciences semble alors un souhait bien utopique.

Toutefois rien n’est perdu: il est tout à fait possible, par un travail énergique et sincère d’analyse (de soi, du monde), d’échapper aux émotions négatives qu’engendre habituellement notre confrontation au réel. De plus cette démarche, au-delà de son intérêt thérapeutique, ne se réduit pas à une simple question de curiosité, à une vulgaire lubie. L’enjeu est bien plus important qu’il n’y paraît ; ce désir sincère de compréhension étant une condition indispensable à l’élaboration de notre « liberté » et un outil nous permettant d’être acteurs de notre avenir en tant qu’espèce.

 

 

 

 

Embûches 

 

La « réalité » n’est ni bonne ni mauvaise, ni morale ni amorale, ne possède pas de « sens » transcendant et caché qu’il nous faudrait découvrir ; elle n’est qu’un flux permanent de données brutes que nous décodons/interprétons et auxquelles nous donnons sens à posteriori. À nous d’éviter fourvoiements et illusions. Pas si simple dans la pratique, car encore faudrait-il que l’information nous parvenant ne se soit pas dénaturée...

 

Constatons dans un premier temps que l’organisation de notre société n’incite pas au questionnement : dès l’enfance l’école, en cloisonnant le savoir, nous apprend non pas à réfléchir par nous-même mais bien à accumuler des connaissances non-discutables et déconnectées les unes des autres ; façonnant ainsi des « spécialistes » sans vision d’ensemble, incapables de recoller les différentes pièces du puzzle. La plupart des travailleurs n’ont guère de temps à consacrer au spirituel et préfèrent, le cas échéant, s’abandonner à des loisirs étrangers à la réflexion (donc encouragés par les pouvoirs en place). Les chômeurs, culpabilisés, infantilisés ; sommés, par une administration déshumanisante, de trouver un emploi ; ne peuvent penser en dehors du paradigme productiviste (je « suis » mon travail, donc si je n’ai pas de travail je ne suis rien). Les intellectuels (du moins ceux validés par le système) soucieux de préserver leurs prérogatives s’aventurent rarement en dehors des sentiers battus et les gens cultivés ne peuvent (par ignorance), ne veulent (par suffisance) ou n’osent (par peur d’être marginalisés), remettre en question cette intelligentsia. Les retraités, puits d’expérience (et autrefois de sagesse) auprès desquels les autres générations devraient puiser un savoir inestimable, sont considérés au mieux comme de simples consommateurs (tolérés parce qu’ils participent au PIB), au pire comme des bibelots encombrants, parqués s’ils sont impotents dans des maisons de retraite afin de bien les isoler de la population « active », etc. Ainsi donc sur le terrain de la réflexion nous partons tous avec un handicap évident.

Cette organisation sociale est-elle le résultat d’un calcul, un mécanisme d’asservissement, ou simplement une fâcheuse conséquence de notre modèle occidental, un dégât collatéral ? Je laisse à d’autres le soin de développer cette question fort intéressante et me contente ici de dresser un constat sociétal. Et puis il n’est pas indispensable d’invoquer conspirations & complots pour parler de manipulation :

 

À différentes échelles (individuelle/collective) journalistes, politiciens, enseignants, industriels, syndicalistes, publicitaires, dignitaires religieux, intellectuels (…) proches, collègues, voisins (…) tous ont des raisons (bonnes ou mauvaises, conscientes ou inconscientes) de manipuler la réalité.  Vous aussi, avouez-le, trouvez quelquefois un intérêt pratique à modeler l’information : Aussi insignifiant soit-il un simple petit mensonge est déjà une déformation de la réalité. On peut être de bonne foi et n’être coupables que d’un aveuglement passionnel ou d’un excès de bienveillance (mentir pour le bien de…), mais aussi manipuler l’information dans un but bien précis, souvent peu louable. Aux échelons supérieurs, en termes de pouvoir, nombreux sont ceux qui souhaitent vous voir abdiquer, certains s’activant même en ce sens afin que vous ne dérangiez pas leurs intérêts et ne perceviez pas les vrais enjeux. Quelques exemples de procédés utilisées pour vous égarer : Utilisation d’un jargon technique opaque réservé aux initiés (très en vogue chez les économistes), humiliation (si je ne comprends pas c’est que je n’ai pas le niveau intellectuel), culpabilisation (voir ici), infantilisation, intimidation/menaces, appel aux émotions primaires plutôt qu’à l’argumentation (instrumentalisation des « faits divers »), désignation de boucs émissaires (les « RSAstes », les musulmans, les « souchiens »[sic], les chinois, les frontistes, les Roms…) afin de canaliser colère & frustration, etc. Dans ce contexte de manipulation généralisée la compréhension du monde qui nous entoure s’apparente à un véritable parcours du combattant. Il est alors bien normal de voir tant de gens baisser les bras devant la complexité de la tâche.

 

Démasquer les impostures ne demande pourtant pas d’intelligence particulière ; par contre il est nécessaire de cultiver le doute, d’être curieux, vigilant et ouvert d’esprit. Rassurez-vous, ces caractéristiques ne sont pas innées, elles se travaillent.

Si vous débutez et ne savez pas par où commencer entrainez-vous, par exemple, à l’analyse de JT (ou d’articles de presse) > Ne vous intéressez pas à l’info en elle-même mais à la manière dont elle est amenée : choix des mots (sont-ils chargés négativement, positivement ? Pouvait-on utiliser un autre vocabulaire ?), choix des images (déclenchent-elles des réactions émotionnelles fortes ? Dans ce cas mes émotions orientent-elles mon point de vue ?), gestuelle, intonations, etc. Pratiquez pour vous-même, sans chercher ni à confirmer vos propres convictions, ni à convaincre qui que ce soit, ni à découvrir la « vérité » à tout prix, mais considérez cela (dans un premier temps en tout cas) comme un exercice, un équivalent intellectuel du footing quotidien. Et surtout reprenez confiance en vos capacités d’analyse car vous possédez largement assez de neurones ; ceux qui suggèrent le contraire ont intérêt à ce que vous n’y regardiez pas de trop près.

 

Cette confiance fraichement acquise ne suffit toutefois pas, je vous l’accorde, à effacer l’angoisse et tout claustrophobe que vous êtes vous n’échapperez pas à un peu de spéléologie…

 

 

 

Douloureuse introspection 

 

Savoir démasquer la propagande, les mensonges, les manipulations, est appréciable, mais insuffisant. Comment en effet ne pas déprimer, noyés que nous sommes sous un flot d’informations, lesquelles sont plus effrayantes les unes que les autres : Guerres, crise économique, corruption, pollution, pandémies, famines, etc.

Suffit-il à un arachnophobe de nier l’existence des araignées pour en finir définitivement avec son angoisse ? Lui suffit-il de tuer toutes les araignées existantes au monde pour ne plus frissonner devant une photo de tarentule ? Les arachnophiles sont-ils humains ? Questions absurdes en apparence, qui portant nous révèlent une chose: ce n’est pas l’objet qui crée la phobie, mais quelque chose en nous que l’on projette à l’extérieur. L’objet n’est finalement qu’un révélateur. La réalité n’est ni bonne ni mauvaise, elle est neutre, se contente d’être, et ne prend sa charge négative/positive qu’une fois traitée par notre cerveau, tamisée par nos particularismes psychologiques (valeurs, sensibilité, expériences, culture, etc). Notre perception du monde est donc directement liée à notre vécu, à notre psychologie personnelle. Ainsi avant même de vouloir changer le monde il serait bon de jeter un œil à nos mécanismes internes (et d’éviter, de ce fait, de mettre la charrue avant les bœufs).

 

Notre attitude face au réel, notre désir (ou absence de désir) de comprendre, révèlent nos forces et nos faiblesses, font affleurer nos insuffisances, nos incohérences, nos peurs profondes. Le « sens » se trouve en vous-même et non à l’extérieur et vous n’échapperez pas au nécessaire travail d’introspection. Par conséquent au lieu de vous demander « pourquoi la réalité est-elle effrayante ? » posez-vous plutôt la question :

 

                                       « Pourquoi ai-je peur de la réalité ? » 

 

Nos vécus diffèrent tant les uns des autres qu’il semble douteux de vouloir généraliser. L’explication unique n’existe pas, certes, mais il est toutefois possible d'explorer quelques pistes. L’homme est biologiquement égoïste,  naturellement porté à sa propre préservation et, par extension, à celle de sa famille (préservation du patrimoine génétique). Le contexte culturel (religion, organisation de la société, philosophie, histoire, etc) peut atténuer ou exacerber cet égoïsme vital ; l’élargir (village, clan, ethnie, culture, nation) ou le rétrécir (l’individu). Et en ce qui nous concerne dire que notre société occidentale, comparée aux autres, est individualiste, n’est plus à démontrer. De cet excès d’individualisme naît une conception déformée de notre propre valeur : nous sommes uniques certes, mais bien plus que cela nous sommes exceptionnels ; et plutôt que d’être un élément quelconque parmi d’autres notre moi hypertrophié se place au centre du système, la réalité se contentant de tourner autour. Croire à un destin privilégié (pour soi, sa famille, voire son peuple), à son ange gardien ou à sa bonne étoile relève d’une forme spiritualisée d’égocentrisme (« Moi seul suis protégé(e), moi être unique», les catastrophes, les accidents, la mort, n’arrivant bien évidemment qu’aux autres). Quand bien même vous seriez rejeté(e), considéré(e) comme un(e) moins-que-rien (et peut-être convaincu(e) vous-même de l’être), vous n’en subiriez pas moins le diktat social de l’individualisme (« je dois tout faire pour devenir quelqu’un »). Il est possible de décréter que c’est votre destin d’être malheureux(euse), préservant ainsi, en négatif, le statut d’être d’exception...

Mais à moins de vivre dans une bulle hermétique notre vision de nous-mêmes finit toujours par heurter la réalité - accident, perte d’un proche, solitude, échecs à répétition, etc - et nous finissons tôt ou tard par en souffrir. Sur le court et moyen terme la souffrance est normale, mais sur le long terme elle révèle bien souvent une incapacité à faire face, un défaut d’acceptation. Vous pressentez certaines vérités mais ne voulez abandonner vos illusions et de cette contradiction naît votre malaise existentiel. Errer dans cette zone floue entre lucidité et déni ne peut qu'aboutir à une peur généralisée. Se confronter à la réalité, sincèrement, profondément, est la seule solution. Tâche difficile je vous l'accorde, car cela revient à admettre sa propre insignifiance (je ne suis plus le centre du système, mais un simple sept milliardième de l’humanité, mon existence n’est pas plus importante que celle d’un paysan Bangladeshi ; et à l’échelle de l’univers, pas plus importante que celle du pigeon posé sur le bord de ma fenêtre ou que le sucre dans mon café), accepter d’être mortel(le), à admettre de pouvoir perdre un proche à tout moment, de n’être ni omniscient(e) ni omnipotent(e), de n’avoir qu’une marge très limitée de liberté, d’être (en partie) le fruit de déterminismes biologiques, culturels, familiaux, etc. Ces découvertes sont toujours douloureuses, traumatisantes pour certains, mais il ne faut pas les fuir, car il s’agit d’un mal nécessaire. Considérez cela comme une phase de votre développement ; l’introspection permet de découvrir la source de nos angoisses ; elle est une étape indispensable sans laquelle aucun progrès ni personnel, ni civilisationnel, n’est possible.

 

L’erreur serait de croire que cette acceptation de la réalité relève finalement d’une forme de défaitisme, de fatalisme. Il n’en est rien car être fataliste c’est encore croire au destin, à un monde où tout est écrit d’avance, où tout se fait « sans nous »; Il ne s’agit donc pas de baisser les bras, mais de jauger nos capacités réelles, de distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, ce qui est faisable de ce qui est impossible, ce qui est inéluctable de ce qui est évitable, et d’agir en conséquence.

« Je n’y peux strictement rien, soit ! Pourquoi m’en faire ?

J’y peux quelque chose ? Alors pourquoi me plaindre si je peux agir ? »

Ne plus avoir peur nécessite donc de reconnaître nos limites, d’accepter la réalité, l’aimer même, y compris dans ce qu’elle a de plus tragique ; et cette acceptation véritable, sereine, n’est possible qu’une fois engagée une réelle introspection, motivée, aussi exhaustive que possible, qui ne se cache pas derrière de faux prétextes, qui ne laisse rien de honteux dans l’ombre (la honte n’a pas sa place ici, elle est contre-productive). Mais comment parler de sérénité quand on perd un proche, quand sa maison vient de brûler (...) ? Evidemment il ne s’agit pas de traverser les pires épreuves de la vie le sourire aux lèvres, impassible, insensible. Aucune sérénité, aussi profonde soit-elle, ne nous met à l’abri du malheur, ce n’est d’ailleurs pas son but. Le deuil, la tristesse, l’indignation, sont tout à fait naturels et ne sont pas contraires au travail d’acceptation. L’introspection ne vise pas l’indifférence, mais la lucidité : en nous révélant une vision juste de nous-même et du monde elle dissout nos illusions, sources de nos tourments (car celles-ci, heurtées de plein fouet par la réalité, créent de douloureuses incompréhensions - « pourquoi moi ? Pourquoi eux ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce n’est pas juste. Ça n’a aucun sens »).

 

 

 

Plus de Liberté

 

Se libérer de l’angoisse est en soi un objectif appréciable du travail d’introspection, mais il en est un autre au combien précieux qu’il est nécessaire d’évoquer ici (d’autant plus qu’il est considéré, à tort, comme acquis pour tout le monde): l’exercice ne notre Liberté.

Si je vous dis que vous n’êtes pas libres vous me rétorquerez qu’en cet instant rien ne vous empêche de dire ce que vous voulez, de penser ce que vous voulez, de choisir en toute liberté vos vêtements, votre mode de vie, de vous lever de devant cet écran et de vous rendre où bon vous semble. Effectivement sous cet angle vous êtes libre, mais de la liberté il faut admettre qu’il s’agit là d’une version restreinte qui, de plus, laisse dans l’ombre bon nombre de paramètres déterminants : au cœur même de cette liberté s’entremêlent en effet désirs, caprices, conformismes, illusions (...) Notre marge de manœuvre est bien plus limitée qu’il n’y parait. Constat prêtant finalement peu à conséquence pour les actes du quotidien ; mais qu’on ne peut ignorer quand il s’agit de prendre des décisions autrement plus importantes. Pour vous aider à gagner en autonomie je vous propose la méthode suivante > Essayez, quand vous estimez penser/agir/parler/choisir en toute liberté, de répondre aux deux questions suivantes:

 

1) «quels sont les déterminismes qui peuvent influencer ma démarche?»

2) «ai-je une vision objective de l’objet sur lequel j’exerce ma liberté?»

 

La première question a pour objectif d’identifier ce qui en nous et hors de nous influence, sans que nous en ayons conscience sur l’instant, notre prise de décision. La deuxième vise à évaluer la pertinence de notre jugement. Introspection et analyse de l’information nous permettent de répondre à ces deux questions (cf paragraphes précédents donc).

Prenons un exemple symbolique > Il vous est présenté deux boites. L’une ornée d’un canard, l’autre d’une araignée. On vous demande d’en choisir une. Vous ouvrez la première: Boom! Cette boite contenait un puissant explosif. Peut-on alors dire que vous avez «choisi librement» de mourir ? Réponse affirmative si on se réfère à l’usage habituel du mot « liberté ». En vous posant les deux questions qui fâchent vous vous seriez rendu compte que:

1) vous êtes arachnophobe et avez inconsciemment choisi la deuxième boite pour ne plus avoir à croiser du regard l’horrible bestiole.
2) vous n’aviez aucune idée de ce que renfermaient les boites et donc aucune idée de l’enjeu de votre choix...

Dès lors vous auriez pu, entre autre:
-Vous convaincre que l’image de l’araignée n’ayant, à priori, aucun rapport avec le contenu de la boite, ne doit pas influer sur votre choix.
-Demander à l’expérimentateur ce qu’elles contiennent.
-Vous interroger sur la probable manipulation de la part du testeur (connaît-il votre arachnophobie ? En joue-t-il ?).
-Refuser l’alternative et vous en aller.

 etc

                 Dans tous les cas votre action pourrait alors prétendre à un degré bien supérieur de liberté.

 

Vous l‘aurez compris l’objectif n’est donc pas une liberté totale, mais une liberté accrue. But qui ne peut être atteint sans un désir sincère de compréhension (à défaut d’une compréhension totale, bien évidemment impossible). Sans cela nos actes sont teintés d’arbitraire et nous ne pouvons prétendre les qualifier de libres.

 

 

 

Construire l’Humain, sauver l’Humanité 

 
 Il n’est pas nécessaire d’attendre la paix intérieure pour vous intéresser au monde qui vous entoure, au contraire il est même essentiel de vous y mettre sans plus attendre, malgré la peur, tant cette démarche se révèle être vitale quant à l’avenir de l’humanité (et de notre écosystème soumis à nos caprices). Incompréhensions, illusions, ignorance, manipulations, peurs infondés (...) sont à l’origine de nombreux maux. Ainsi l’éveil des consciences est une nécessité historique et cette quête lucide de vérité doit donc être considérée comme une étape essentielle, primordiale, à l’élaboration d’une Humanité viable.

Nous ne sommes pas « maîtres et possesseurs de la nature » et la prétendue supériorité naturelle de notre espèce est une des nombreuses illusions qu’il nous faut démasquer (autant du côté des croyances traditionnelles que de la technoscience). Que cela ne soit pas cause de déprime/défaitisme ; ne pleurons plus sur  ce que nous aurions perdu mais réjouissons-nous de ce que nous avons à gagner en fixant de façon durable et sincère ces qualités que nous, Humains, pensions posséder naturellement sans faire le moindre effort. Pour nous aider dans cette tâche reconnaissons que notre espèce est belle et bien supérieure aux autres formes de vies terrestres sur un point précis : le développement de son cerveau, et plus particulièrement son cortex cérébral, « siège des fonctions neurologiques élaborées (...) de l'intelligence, du mouvement volontaire, de la conscience, de la sensibilité etc. »(cit). Cette particularité nous a permis, entre autres, de développer un langage élaboré, de prendre conscience de notre conscience, de créer des biens culturels sans finalité utilitaire/biologique, d’analyser nos mécanismes psychologiques, de reconnaître nos déterminismes, de penser à long terme, etc. Malgré nos erreurs, malgré nos errances, soyons fiers de cette singularité humaine. Constatons et agissons.

 

Être capable d’anticiper les conséquences de nos actes en nous projetant dans l’avenir est une qualité précieuse. Ainsi il nous est possible de bâtir notre avenir non seulement dans une optique de survie, mais aussi selon des principes éthiques, écologiques (dans son sens le plus large), philosophiques. N’est-ce pas finalement le point le plus passionnant de l’aventure humaine?

Nous sommes désormais sept milliards sur cette terre, et face à ce chiffre effrayant il vous paraît peut-être impossible, absurde, d’espérer changer quoi que ce soit à l’ordre des choses. À l’échelle planétaire notre marge de manœuvre individuelle est certes bien faible, toutefois à petite échelle nous avons un pouvoir considérable. Il vous suffit de convaincre (pour peu que vous soyez entourés de gens qui vous aiment, ou du moins vous apprécient, vous respectent) quelques personnes de votre entourage qui deviendront du coup les ambassadeurs des idées que vous avez partagé avec eux. À leur tour de convaincre d’autres personnes. Une idée, une philosophie, peuvent ainsi se propager bien plus vite que vous ne l’imaginiez (à plus forte raison depuis l’avènement d’internet). Notez que « convaincre » ne signifie pas forcément persuader par la parole, car si vous appliquez à vous-même les préceptes que vous défendez, votre vie deviendra alors le meilleur des arguments pour les gens qui vous apprécient. L’exemple est souvent bien plus éloquent que les mots (pas besoin donc d’être un as de la rhétorique). La sincérité de la démarche est dans ce cas toute aussi importante (si ce n’est plus) que le but que vous vous êtes fixé ; mauvaise foi, hypocrisie, duplicité, prosélytisme agressif, nuisent bien plus à une cause que ses détracteurs.
Sans cette sincérité aucun changement profond & durable n’est possible. 

 

 

                                                                                             

 

                                                   

En guise de conclusion:

 

Se libérer de l’angoisse, se confronter au réel, l’accepter, l’aimer même pour le meilleur et pour le pire, reste impossible pour qui n’est pas prêt à accueillir les révélations existentielles qu’implique toute quête de vérité. À long terme vous ne pourrez donc échapper au travail d’introspection seul à même de donner « sens », au plus profond de vous-même, à ce plaidoyer. Vous devez ressentir la pertinence de ces lignes en profondeur, viscéralement et non les valider rationnellement, ce qui n’aurait strictement aucun effet sur votre travail d’acceptation du réel et risquerait même de créer de la frustration (« Je comprends ce qui est dit, ça se tient. Et pourtant je reste angoissé(e) »). Toutefois, que cela ne vous empêche pas d’agir dès à présent pour ce que vous croyez juste ; et si malgré tout vous n’êtes pas convaincu ne vous découragez pas : amorcez (où reprenez) ce travail d’analyse avec rigueur, sincérité et motivation et vous découvrirez alors:

Qu’il est possible d’échapper à la peur. Que cette lucidité nouvelle, fruit de l’introspection menée à bien, vous permet de vivre intensément l’instant, de vous libérer de vos chaînes mentales, d’acquérir sans faux-semblants tolérance, humilité, respect de la vie, nés de la conscience aiguë d’appartenir à un tout (d’en être qu’un simple élément mais d’œuvrer à sa complexité), de privilégier le positif sur le négatif («le verre à moitié plein»), d’estimer la réalité pour ce qu’elle est : source de vie et de créativité ; d’aimer l’avenir (le vôtre, celui de l’humanité, de notre planète) pour ses potentialités et ce malgré les menaces du présent.

De redonner sens à l’action individuelle, aussi insignifiante semble-t-elle.

                D’accéder à une sérénité non feinte et durable, source de joie, de sagesse.

Enfin, de permettre à notre espèce de franchir un seuil évolutif.

Mission pour laquelle nous avons tous un rôle à jouer.




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Michel 25/08/2014 20:02

Depuis plusieurs mois, en fait depuis que j'ai découvert votre blog, j'ouvre régulièrement "plumaplumbum" espérant lire un nouvel article. Le dernier, "déni de réalité" m'a particulièrement marqué,
mais depuis plus de 2 ans, rien...
C'est vrai, dans ces quelques textes, particulièrement les 2 derniers, tout a été dit... Que pourrait-on rajouter à cette pensée (que je partage) si bien exprimée sous votre plume ? C'est bien pour
le savoir, que je garde précieusement "plumaplumbum" dans mes marque-pages.

L 24/06/2012 01:09

Salut T, ici L que tu as recroisé à Lyon en compagnie de A...
Je lis donc tout ce qui ce passe ici et reviens aux nouvelles dans peu de temps...
PS: la direction que tu semble prendre me parait très bénéfique pour tous...

Fellow traveller 23/05/2012 04:26

J'ai beaucoup aimé votre article. Tel un phare dans la nuit, il pourrait en guider plus d'un. Je ne sais pas vraiment où j'en suis dans ce cheminement que vous décrivez. Je pense l'avoir entamé
pour ce qui est de la remise en question du monde que j'exerce constamment (notamment sur internet), mais d'après ce que vous écrivez et ce que j'en déduis sur ma situation, il me reste encore des
chaînes à briser. Entre ce à quoi "j'aspire" et ce que je vis actuellement, il y a un douloureux fossé.

C'est surtout le monde du travail et le rapport à l'argent qui me tiennent à la gorge. En tous cas, c'est l'impression que j'en ai. Pourtant je sais que les dés ne demandent qu'à être relancés,
mais je ne suis pas convaincu par ma propre sincérité à le faire. Est-ce pour fuir la douleur? Pourquoi me sentirais-je lâche à vouloir fuir la douleur?

Comme s'il était normal (pour moi) aujourd'hui de souffrir parce que "tout le monde souffre", et le fait de vouloir y échapper serait illusoire. Mais quelle aberration me diriez-vous!

Votre texte m'inspire beaucoup, merci à vous.