l’insoutenable légèreté de l’être

Publié le par T







Je ne compte pas faire une analyse détaillée de cet ouvrage, mais plutôt créer un dialogue entre ce livre et mes propres réflexions.

 

L’insoutenable légèreté de l’être  par Milan Kundera

« Que faut-il choisir, légèreté ou pesanteur ? Cette dialectique entre deux attitudes antagonistes face à la vie est mise en fiction à travers l'histoire d'un couple : Tomas est un séducteur invétéré, Teresa, sa femme, ressent le poids du passé et de sa Jalousie… »

 

Le récit s’articule autour d’une trame somme toute assez banale : L’histoire de Tomas et Tereza. Leur amour, leurs mensonges, leurs doutes… Dans l’absolu ce genre de sujet ne m’attire pas particulièrement, mais ici c’est la manière de raconter, ou disons plutôt l’angle d’attaque, qui a éveillé mon intérêt. Délaissant le récit classique, linéaire, axé sur un individu particulier, Kundera opte pour l’alternance des points de vue, ce qui nous permet de connaître la pensée non pas d’un personnage central, mais de tous les protagonistes. Grâce à ce parti pris narratif et à de nombreux flash-back l’auteur  crée une œuvre d’une incroyable richesse psychologique. Ce va-et-vient d’un personnage à l’autre nous permet de saisir l’aspect tragique de leurs relations (par extension, des rapports humains en général). Ici la tragédie se nome « incompréhension ». (Je trouve que le choix entre légèreté et pesanteur, pourtant annoncé dès le début comme étant le thème principal, est avant tout la cause première de l’incompréhension, véritable leitmotiv du livre)

 

L’amour entre Tereza et Tomas est-il possible sachant qu’il se construit d’emblée sur une erreur? Ils croient leurs sentiments sincères, pensent s’être « trouvé », mais en fait chacun n’a vu que ce qu’il voulait voir. Au début d’une relation, ce qui est pris pour un « signe » n’est en fait, dans la plupart des cas, qu’une sélection partiale d’événements signifiants, biaisé par nos désirs profonds, notre passé, nos angoisses, etc.  Tomas et Tereza ne se sont trouvés qu’en apparence car ils ne s’attachent en fait qu’à une illusion: l’image fantasmée de l’autre. Cette attitude (en amour, en amitié) représente davantage la norme que l’exception. Au fond cela ne pose aucun problème tant que l’image idéalisée correspond à la réalité,  mais est-ce au moins possible? Chez les bisounours peut-être. Mais dans le monde réel peu peuvent se targuer d’être extralucides. Admettons donc que nous nous fourvoyons la plupart du temps. Ce n’est pas dramatique, sauf si nous refusons de reconnaître que le « patron » mental que nous avons élaboré diffère de la réalité. Certains nient cet état de fait, refoulent cette vérité au plus profond d’eux-mêmes, risquant à l’avenir de voir exploser le trop plein de frustration accumulée (>tromperie, violence, dépression, rancœur, haine, etc). D’autres, inconsciemment ou non, tentent de façonner leur conjoint, leurs amis (qui ne sont pas forcément consentants) à leur convenance. Peut-on alors parler d’Amour, d’amitié?

 

Cette incompréhension profonde a-t-elle une solution?

La communication par la voix, par la plume, peut nous aider en ce sens. Mais il y a un hic! Nous croyons le langage efficace car basé sur l’emploi de mots intelligibles par tous. Je dis « pomme » et il ne peut y avoir de malentendu. Mais c’est méconnaître quelque chose de tout aussi important que la signification d’un mot: Son contenu émotionnel. Ainsi quand je dis "amour ", "patrie", "montagne", "fidélité" (etc) nous ne ressentons pas forcément à la même chose. C’est principalement de ça que naît l’incompréhension. Nous partageons des mots, mais nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Ainsi, par exemple, Tereza, pour qui la relation amoureuse s’accompagne de fidélité, souffre des infidélités de Tomas qui lui les juge compatibles avec son amour pour elle (il considère même cela comme nécessaire au bon fonctionnement de leur couple).

 

Le dernier chapitre s’articule autour de Karénine leur chien : son "sourire", sa maladie, son décès. Étrange non ? Et bien pas tant que ça, car c’est l’amour désintéressé de Tereza pour la chienne qui lui fera prendre conscience du despotisme de ses sentiments pour Tomas: Plutôt que de l’aimer pour ce qu’il est, elle n’a fait que lui reprocher de ne pas être ce qu’elle voulait qu’il soit.

 

A défaut de compréhension il nous faudrait, pour pouvoir cohabiter sereinement, accepter nos erreurs, accueillir sans crainte le changement et nous apprécier/aimer pour nos différences, notre complexité.

En agissant ainsi nous solutionnons en partie le problème du choix entre légèreté et pesanteur. Il n’y a pas à choisir, mais à considérer ces deux extrêmes comme essentiels à la vie (que serait le Yin sans son Yang)…

 

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