Bye bye mobile

Publié le par T


Voila à peu près un mois que je vis sans portable, et force est de constater que j'y ai gagné en sérénité.
Longtemps membre du club des réfractaires, j'ai résisté jusqu'en 2005 où sous la pression insistante d'un de mes proche (soucieux de mon bien-être) je me suis résigné à me procurer un portable ("c'est indispensable pour ton boulot, pour te joindre partout. Et puis en cas d'urgence, etc"). Au bout de 4 ans je constate que loin de m'être utile pour mon travail le portable ne m'a même pas permis de mieux communiquer avec mes proches (en termes de qualité et non de quantité). Pire, l'objet se révélait outil d'aliénation.
Prise de conscience assez rapide du piège dans lequel j'avais été entraîné. Il y a quelques années, dans les transports en commun, en observant les usagers, mon regard tombe sur un groupe d'adolescents silencieux. Aucun communication. Etonnant à un âge où braire est une obligation hormonale. C'est en y regardant de plus près que je me suis aperçu que tous sans exception écrivaient des sms, les touches remplaçant les cordes vocales. Ce qui était en moi à l'état de vague appréhension s'est éclairci instantanément. L'objet avait pris en otage le cerveau de ces jeunes, dépassait son rôle d'outil pour celui plus dangereux de prothèse technologique (sous ses airs de gentil gadget). Fashionable à souhait, tunné, vous pouvez envoyer des sms, des mms, surfer sur internet, jouer, écouter de la musique, voir des vidéos, repérer votre position par gps, etc... Bien sûr vous pourriez aussi parler à la personne en face de vous où prendre la peine de vous déplacer pour voir vos proches. Comportement has-been sans doutes. Vous discutez en tête-à-tête avec un ami? Parfait. Mais il y a un risque non négligeable que votre conversation existancielle ne soit interrompue par un coup de fil où il est demandé à votre interlocuteur s'il a bien acheté des yaourts.
-"heuu... où t'en étais déjà?"
-"rien, laisse tomber"...
Et puis en ce qui me concerne je ne me sentais tranquile nulle part: En effet le portable créé une "obligation", celle d'être joignable partout et n'importe quand. Vous voulez profiter d'une marche paisible? D'un moment de méditation? De contemplation? D'un tête-à-tête? D'un peu de concentration? Mais cet à cet instant que votre mobile sonne. Vous pourrez me rétorquer qu'il suffit de ne pas répondre, mais le mal est fait: vous avez été interrompu. Alors il suffit de ne pas emporter votre portable? Pourquoi pas, mais dans tous les cas préparez vous à devoir rendre des comptes! Où étiez vous? Comment se fait-il que vous ne répondiez pas? Essayeriez vous de fuir votre interlocuteur? Vous avez enfreint la règle et vous êtes rappelé à l'ordre.
Les gens s'étonnent, critiquent, jugent parfois sévèrement. Tout ça parce que j'ai décidé d'abandonner un simple objet! L'argument de la communication n'est pas recevable, car me semble-t-il tout allait pour le mieux il y a à peine une dizaine d'années avant l'arrivée d'internet & des portables. Les gens parvenaient à se joindre non? Et bien vous savez quoi? Un téléphone fixe & internet me suffisent largement (certains n'ont même aucun des deux). Je ne me suis en aucune façon exclu de la vie sociale. Je me sens bien mieux et j'ai gagné du "temps de cerveau disponible" comme dirait l'autre.
Je conçois que certains d'entre vous ne puissent se passer de portable. Il peut même, dans certains cas, être indispensable (travail, isolement extrême). Vous qui n'avez pas le choix, ne prenez pas ce réquisitoir comme une attaque personnelle car vous avez toute ma sympathie, mon antipathie se focalisant sur l'objet & les dérives comportementales qu'il créé.
Aux indécis, aux quasi-convaincus, je ne peux qu'adresser mes encouragements: Joignez vous au club!


"Quand une population entière se laisse intoxiquer par un usage abusif du téléphone et perd ainsi l'habitude d'échanger des lettres ou des visites, l'erreur tient à ce recours immodéré à un nouvel outil, convivial par essence mais dont la fonction est dénaturée..." Ivan Illich.

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